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Licencié pour avoir trop utilisé ChatGPT : l’entraîneur star poussé dehors par une IA — les révélations choc de Sochi

Quand l’IA coûte son poste à Roberto Moreno : enquête sur un licenciement inédit

La nouvelle est tombée comme un coup de tonnerre dans le paysage du football russe : Roberto Moreno, ancien coach de l’équipe d’Espagne et manager de Sochi depuis 2023, a été remercié par son club pour ce que ses dirigeants qualifient d’« utilisation excessive » de l’intelligence artificielle, et en particulier de ChatGPT. À 48 ans, Moreno avait conduit Sochi jusqu’à la promotion en championnat via les play-offs, mais son aventure en première division a rapidement tourné au cauchemar : une série de sept matches pour un seul point a précipité son départ en septembre 2025. Pourtant, derrière ce bilan sportif décevant, ce sont des pratiques jugées aberrantes liées à l’IA qui ont scellé son sort.

Des préparations tactiques aux trajets : ChatGPT omniprésent

Selon les révélations du club, Moreno aurait recours à ChatGPT pour quasiment tous les aspects de la vie du groupe. Entraînements, plans tactiques, préparation des matches, calendrier des voyages — tout ou presque passait par le filtre de l’IA. L’approche, a priori tournée vers l’efficacité et l’innovation, a vite révélé des limites criantes lorsqu’elle a été appliquée sans le regard critique nécessaire d’un staff humain.

Un transfert choisi par une IA qui ne convainc pas

Illustration flagrante : lors de la saison de montée, Sochi cherchait un attaquant pour renforcer son attaque. Après avoir soumis des données de scouting à ChatGPT, l’outil a recommandé Artur Shushenachev comme la meilleure option parmi trois cibles (les autres étant Vladimir Pisarsky et Pavel Meleshin). Le club a suivi ce conseil et obtenu le prêt du Kazakhstanien. Résultat : Shushenachev n’a pas inscrit le moindre but en dix apparitions. Une décision de recrutement dictée par une IA sans ajustement humain concret, qui pose la question de la fiabilité des recommandations automatisées dans un domaine aussi contextuel que le recrutement sportif.

Le fiasco logistique : 28 heures sans dormir

Le point d’orgue de cette dépendance a sans doute été l’itinéraire pour un déplacement à Khabarovsk, l’un des périples les plus longs du championnat russe. Moreno a présenté un planning calqué sur les suggestions de ChatGPT — et le club a découvert que le trajet tel que prévu aurait laissé les joueurs sans sommeil pendant 28 heures d’affilée. Si l’horaire a dû être réajusté en catastrophe, l’incident a suffi à alerter les dirigeants sur l’usage aveugle de l’IA pour des décisions directement liées à la performance et au bien-être des joueurs.

Outil utile ou béquille dangereuse ? Le débat s’ouvre

Le discours officiel du club nuançait toutefois les choses : Andrei Orlov, ancien directeur général de Sochi, a expliqué qu’il ne contestait pas l’utilisation d’outils d’IA en soi — « c’est un outil comme un autre », a-t-il déclaré — mais que l’excès dans la délégation des décisions essentielles à une intelligence artificielle dépasse ce qui est acceptable pour la gestion d’une équipe professionnelle. Le fond du problème semble être la substitution d’un jugement d’entraîneur par des réponses générées automatiquement, sans filtrage ni expérimentation suffisante.

L’IA déjà présente dans le monde du foot : exemples et dérives

Ce cas n’est pas totalement isolé. L’IA a commencé à s’imposer dans les cercles analytiques des clubs : exemples de routines de coups de pied arrêtés bâties par des algorithmes, ou d’analyses de matchs fournissant des probabilités et des modèles d’attaque/défense. Certains staffs acceptent volontiers ces apports, d’autres les utilisent comme simples suggestions. Le problème survient quand l’IA n’est plus qu’une cheville ouvrière sans validation humaine — comme le montre la sélection ratée de Shushenachev ou le planning épuisant pour le voyage à Khabarovsk.

Conséquences sportives et humaines

Au-delà de l’aspect technologique, l’affaire Moreno met en lumière des enjeux humains : confiance, responsabilité, et sécurité des joueurs. Un planning imposant 28 heures sans sommeil n’est pas une simple erreur administrative ; c’est un risque sanitaire et une atteinte directe aux conditions de performance. Quand l’IA influence des domaines aussi sensibles, la supervision par des professionnels du football devient impérative.

La position du club : tolérance zéro pour la délégation totale

Sochi a adopté une posture claire : utiliser l’IA comme outil d’aide à la décision oui, confier l’intégralité des choix — tactiques, logistiques, sportifs — non. Le club a donc choisi de mettre fin à l’expérience Moreno et a nommé Igor Osinkin pour redonner un cadre plus conventionnel et surtout plus humain à la gestion de l’équipe.

Réflexions d’un supporter ultra-connecté

Suivant les championnat du monde entier, je vois dans cette affaire une mise en garde nécessaire. L’intelligence artificielle offre des possibilités enthousiasmantes : gain de temps, analyses multidimensionnelles, support au scouting. Mais le football reste un sport où l’intuition, l’expérience et la lecture fine des situations humaines sont irremplaçables. L’exemple de Moreno montre le danger de confondre assistance et substitution. Les clubs qui réussiront demain seront ceux qui sauront intégrer l’IA sans jamais perdre le contrôle humain, en conservant la responsabilité ultime des décisions.

Vers une charte d’usage de l’IA dans le football ?

Si l’utilisation d’IA se généralise, il faudra sans doute envisager des règles claires : limites d’automatisation, validation humaine obligatoire pour certains types de décisions (recrutement, planning de voyage, protocole médical), et formation des staffs pour comprendre les forces et limites des outils. Sans cadre, d’autres cas « Moreno » risquent de se répéter, et cela pourrait coûter cher — humainement et sportivement — à des clubs et à des carrières.

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